Isabelle SORARU
isabelso@hotmail.com
Doctorante
     
     
 

Diplômée des Conservatoires de Mulhouse et de Strasbourg en formation musicale, hautbois et luth.
Chargée de cours pour le Boston College (programme d’échange d’étudiants entre l’Université de Strasbourg et l’Université de Boston).

 
     
 
Thèse en préparation

Expérience musicale et roman : pour une poétique de l’écriture dans les œuvres de Pascal Quignard et de Gert Jonke.

Les œuvres de Pascal Quignard et de Gert Jonke témoignent d’un rapport à la musique tout à fait privilégié, que ce soit au niveau thématique (figures de compositeur et de musicien, fictifs ou réels) ou au niveau référentiel, semblant ouvrir pour l’analyse un possible dialogue entre littérature et musique. La thèse tentera donc d’en explorer les points de contact, prenant comme horizon d’une part la notion d’ « unité poétique » proposée par Pierre Boulez à partir de sa lecture de compositeur des œuvres de Paul Klee dans Le Pays Fertile, d’autre part la notion d’expérience entendue au sens étymologique, celui que dégage Philippe Lacoue-Labarthe dans La poésie comme expérience, dans le sens de l’ex-periri latin, ou la traversée d’un danger. Car si la musique semble être la promesse de l’œuvre littéraire, elle pourrait bien se poser également comme possible menace : la fascination de l’écrivain pour celle-ci étant toujours au risque de la révélation des limites de l’écriture.
Notre parcours s’appuiera en premier lieu sur les références musicales dans les œuvres de Gert Jonke et de Pascal Quignard, mode de présence le plus saisissable de la musique dans le récit. L’entrecroisement de la fiction, du biographique et du musical dans les « biographies rêvées » de compositeurs écrites par les deux auteurs tendra à mettre en lumière une appropriation de l’élément référentiel par le texte. A partir de cette proposition, peut-être pouvons-nous avancer que ce n’est pas sur ce mode qu’il est, finalement, possible de « saisir », si telle préhension est envisageable, quelque point nodal d’une rencontre plus essentielle entre l’œuvre littéraire et la musique. Notre étude s’orientera alors sur l’expérience sonore et musicale, telle qu’elle apparaît dans les romans étudiés. Inscrivant le sujet qui l’éprouve dans la perspective d’une possible défaillance, cette expérience inaugure une quête qui, se frottant à une altérité musicale à la fois désirée et redoutée, et marquée par son versant le plus « dionysiaque », amène à repenser les distinctions établies entre sujet et objet, intériorité et extériorité, veille et rêve, audition et vision. La musique semble bien être cet « art de la nuit et de la pénombre » selon la proposition de Nietzsche : l’écoute musicale, qu’elle soit vécue dans les œuvres de Gert Jonke sur le mode hallucinatoire, ou soumise à l’exigence de l’obscurité pour Pascal Quignard, semble être un des modèles privilégiés d’une écoute intérieure qui, paradoxalement, permettra d’apprendre à voir.
Enfin, et c’est ce que nous tenterons de saisir dans notre dernière partie, l’expérience musicale touche aussi peut-être à la genèse même de l’écriture littéraire. En ce sens, le compositeur et l’écrivain sont menacé par la même aporie : à savoir la nécessaire distance entre l’audition ou la vision intérieure de l’œuvre et sa transcription par le biais d’un système d’écriture. Toujours demeurent quelques paroles tues, quelque perte. Mais dans la manière qu’a le compositeur de se représenter intérieurement son œuvre à venir dans une sorte de totalité ramassée, proche de ce que Saint Augustin appelait l’intentio quant à la perception temporelle, il existe peut-être plus qu’une proximité avec la représentation intérieure telle que l’éprouve l’écrivain. L’œuvre se fait sans doute toujours au risque de ce deuil, celui d’une totalité impossible. Tout juste pourrions-nous tenter de désigner les contours de ce manque.

 
 

 
 

Travaux de recherche

« Des références musicales dans le récit : aspects d’une métamorphose dans Tous Les matins du monde et La Leçon de musique de Pascal Quignard ». Communication pour les journées doctorales Transformations, mutations, métamorphoses, 14 juin 2004, Université de Strasbourg.

Participation au groupe de recherche des « Rencontres Sainte-Cécile » : “Entes” : citations musicales en littérature, citations littéraires en musique, juillet 2004, Université d’Aix-en-Provence.

« Leçons de musique baroque : lieux de la musique, lieux de la fiction dans Tous Les matins du monde de Pascal Quignard et La Tête de Georges Frédéric Haendel de Gert Jonke », contribution écrite dans le cadre des « Rencontres Sainte-Cécile », disponible en ligne sur le site « Litt&Mu » (http://www.up.univ-mrs.fr/littemu)