Jacqueline NAVLET
Navletjacqueline@aol.com
Doctorante
     
 

Thèse en préparation:

« La représentation du paradis dans la littérature européenne d’Homère à Milton :
le profane et le sacré ».

 

 
 
Faire des recherches sur la représentation du paradis dans la littérature européenne dans le cadre de la Littérature Comparée et d’Homère à Milton, implique que l’on précisera tout d’abord l’histoire du mot « paradis » et le sens qu’on lui accordera.
Nous donnerons à « paradis » son sens large, courant actuellement : « lieu où les âmes des justes trouvent le repos éternel » lit-on dans Le Robert de la langue française, lieu, donc, du bonheur parfait une fois la vie quittée. Et on emploie ce terme « y compris dans des traditions religieuses non historiques et non monothéistes »1, d’où la présence dans notre corpus de textes anciens antérieurs à l’apparition du Christianisme. Ce choix exclut par ailleurs l’espace du paradis des origines et celui des utopies, paradis espérés sur terre.

Lieu idéal, sacré, et donc lié à ce qui est divin, le paradis a été décrit par les mystiques, défini par les théologiens, expliqué par les philosophes, analysé par les historiens, et nous ferons appel à leurs ouvrages. Nous aideront aussi les représentations iconographiques de ce lieu, en premier bien sûr les illustrations trouvées pour les œuvres de notre corpus principal d’étude, mais notre champ d’investigation sera la littérature, plus précisément la littérature européenne.

Disant « européenne », nous entendons, suivant Valéry, la littérature de pays fédérés par leur appartenance commune et déterminante à la culture grecque, à la civilisation latine, et enfin au Christianisme. Mais nous étudierons la représentation du paradis à travers les témoignages de cette identité culturelle qu’est l’Europe dans son devenir, depuis ses débuts, soit aussi dans la littérature grecque ancienne et la littérature latine.
L’étendue du domaine étudié est considérable, aussi avons-nous retenu seulement quelques textes particulièrement marquants, qui tous représentent le paradis, en tant qu’espace des bienheureux. Ainsi le plus ancien sera-t-il un passage de L’Odyssée d’Homère. Notre corpus principal comprendra aussi un extrait des Travaux et les Jours d’Hésiode, des vers de Pindare, d’Aristophane dans Les Grenouilles, des pages du Phédon de Platon, de l’Enéide de Virgile, de La République de Cicéron, du Paradis de Dante, des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, et du Paradis perdu de Milton.
Pourquoi cet arrêt dans l’histoire littéraire à Milton ? L’évolution de la conception du paradis par la religion chrétienne a eu des répercussions dans la littérature, comme aussi, en particulier, le changement des mentalités dominantes, celui du rapport entre le sacré et la religion, entre le sacré et la représentation précise d’un paradis dans l’au-delà. Ceci à travers toute l’Europe, où subsiste pourtant ce sentiment du sacré, mais où le paradis apparaît dans les textes parfois lié à des conceptions religieuses individuelles (manifestées déjà par les visions de Swedenborg), sans illustrations qui soient vraiment précises dans la littérature, parfois aussi exprimé de façon seulement allusive, ou par le seul énoncé de l’une ou l’autre de ses qualifications essentielles, ou parfois montré ressenti comme diffus dans le monde où nous vivons.

Nous essayerons de montrer, à partir de la lecture de tous les textes que nous étudierons, ce qui fait leur similitude, en dépit de la diversité des langues, des cultures et particulièrement des religions pour ce que nous pouvons savoir de celles-ci. Notre travail consistera donc à chercher et à analyser ce que chacun de ces textes représentant le paradis nous dit de ce lieu et comment.

Notre méthode sera un va-et-vient entre sens apparu tout de suite et sens second possible. Notre première démarche sera, ayant lu les textes, d’essayer d’analyser les hypotyposes qu’ils présentent du paradis.
Mais, et cela nous permettra en même temps d’éviter le plus possible les erreurs de l’interprétation, nous confronterons l’image que nous avons perçue avec les jugements de valeur exprimés par l’auteur et avec ce que l’emploi de certains procédés d’écriture récurrents révèle.
Enfin nous aurons à tenir compte du contexte culturel de chaque texte, en particulier de la religion dont il est un témoignage, sans oublier l’influence des précédents en littérature.

Et nous aboutirons à cette constatation que ces instantanés du paradis, paradoxaux puisque celui-ci est dit ineffable y compris par les auteurs de notre corpus, plutôt que vraiment et seulement lieux profanes idéaux, plutôt que véritables icônes d’un lieu sacré, sont tous tissés de profane et de sacré, qui y fusionnent intimement et librement, l’un complétant l’autre, renvoyant à l’autre, le faisant exister et le magnifiant. Nous nous demanderons alors si ce n’est pas une preuve qu’ils sont bien avant tout des créations de poètes.

1. Giovanni Filoramo, Préface de Paradis, Paradis, par Pierre-Antoine Bernheim et Guy Stavridès, Nouvelle édition augmentée, Noêsis, 1999 [Plon, 1991] p. 13-14.