Le dialogue entre la littérature et la musique
dans les œuvres de J.M.G. Le Clézio, Italo Calvino et Alessandro
Baricco
La littérature contemporaine est à la recherche de nouveaux
modes d'expression. Les rapports qu'elle tisse avec les autres arts,
notamment avec la musique, témoignent de cette volonté
d'enrichissement. L'artiste, écrivain ou musicien, cherche à
créer un nouveau langage. La création est redéfinie,
les emprunts sont revendiqués.
Cette recherche se propose d'envisager au sein de trois œuvres
de la seconde partie du XXe siècle italien et français,
les différents modes d'échange qui peuvent exister entre
la littérature et la musique. S'agissant d'œuvres romanesques,
quelle peut être la nature du dialogue qui s'instaure entre monde
sonore et monde écrit ? Au-delà de la musique, ce travail
s'intéresse à toutes les formes d'intervention du son
dans l'écriture.
Un premier axe d'étude réside dans le modelage de la matière
sonore opéré par les trois écrivains. L'attention
portée aux mots, le travail sur les sonorités, le rythme
de la phrase rapprochent ces textes sinon de la poésie, du moins
d'une écriture de l'oralité, telle que la définit
Paul Zumthor dans Introduction à la poésie orale.
Les trois œuvres sont à placer sous le signe d'une inspiration
commune dans la culture méditerranéenne : culture de la
transmission orale et, entre autres, tradition du conte. Les textes
sont, comme le souligne Baricco, des "textes à dire",
la matière sonore, et parfois le silence, font sens.
Le rapport tout particulier qu'ils entretiennent au mot les pousse à
en explorer de nouveaux possibles. L'emploi de mots en langue étrangère,
non traduits, participe de cette poétique du mot. La musique
peut, par ailleurs, devenir le sujet même du récit. L'écrivain
met en scène un personnage musicien qui joue d'un instrument
ou se sert tout simplement de sa voix. Celle-ci revêt un rôle
de médium entre écriture et son. Les personnages la font
entendre, que ce soit au travers d'un récit qu'ils transmettent
ou par des chants, le plus souvent traditionnels et populaires. La musique
peut tour à tour être objet et mode d'expression du littéraire.
Les trois auteurs ayant pour particularité de proposer de multiples
liens avec les autres arts, cette recherche s'ouvrira plus généralement
aux questions de la création et du dialogue entre les arts (peinture,
cinéma, photographie, architecture…). Les écrivains
du corpus entretiennent notamment des liens étroits avec la peinture
: Le Clézio est l'auteur d'une biographie des deux peintres mexicains
Diego Rivera et Frida Kahlo, Baricco propose dans Océan Mer
une variation autour du Radeau de la Méduse de Géricault,
Calvino a pour sa part travaillé avec Saul Steinberg. L'architecture
est omniprésente dans leurs œuvres, par l'évocation
détaillée de villes réelles ou imaginaires (Trois
villes saintes de Le Clézio, Les Villes invisibles
de Calvino et Châteaux de la colère de Baricco)
ou à travers la construction du texte. La musique intervient
alors de manière différente dans le processus de chaque
écrivain, Le Clézio parle de la "composition musicale"
de ses récits et Baricco, écrit au son d'une musique propre
à chaque texte. Calvino, quant à lui, a eu une approche
de la structure musicale à l'occasion de sa collaboration avec
Luciano Berio. Leur travail pour Un Re in ascolto fait l'objet
d'une étude détaillée.
Compte tenu des personnalités des trois écrivains et de
leur engagement dans la vie de la cité, le sujet de cette recherche
peut être élargi à d'autres questions telles que
la place de l'écrivain dans la société et le rôle
de témoin qu'il peut s'assigner.