Marik FROIDEFOND
mfroidefond@tiscali.fr
Allocataire monitrice
 
Ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud / Lyon, agrégée de Lettres Modernes. Thèse en préparation sous la direction de Michèle Finck autour de la notion de "suite lyrique" en poésie et musique au XXe siècle.

 
  Thèse en préparation

"La suite lyrique en poésie et musique au XXe siècle".

Soient des poèmes, au XXe s., composés de plusieurs mouvements, non organisés par le développement d’une rhétorique (narrative, argumentative), et cependant perçus comme unité. Ni recueils, ni longs poèmes, ces textes ressemblent à des étoffes faites de “pièces” cousues les unes aux autres, de nombre et de contenu variables. Il se trouve qu’un large corpus musical présente, au XXe s., les mêmes caractéristiques structurelles: des "musiques" composées de plusieurs mouvements, non architecturées par une tonalité ou par un thématisme tonal, desquelles émane cependant une impression d'unité. Le terme de "suite", emprunté à F. G. Lorca, ou mieux, celui de “suite lyrique”, titre d'une œuvre de Berg, semble approprié pour désigner ces œuvres. Issue du terreau à la fois musicologique et mathématique, la notion, si elle mérite dans un premier temps d'être resémantisée afin d'en dégager plus nettement la pertinence théorique, permet d'englober dans un geste comparatiste des œuvres apparemment fort éloignées, chronologiquement et thématiquement. Le corpus d'étude demeure donc, pour l'instant et dans une perspective de représentativité, volontairement ouvert, voire éclectique (citons en particulier les suites de Lorca, Albeniz, Jouve, Debussy et à l'autre bout du siècle Guillevic, Bartok, Dutilleux, Celan).
Plus largement, la notion de "suite lyrique" permet dès lors de se placer au carrefour de ces deux langages, pariant sur la comparaison possible, dans ce qu'ils ont de plus intime, du matériau poétique et du matériau musical, et de risquer une réflexion structurelle croisée: comment, dans ces œuvres, se tressent, se superposent, se heurtent aussi parfois, dans un apparent chaos, des dynamiques structurelles diverses, entre rigueur quasi mathématique et improvisation? Cette question en appelle d'autres, plus spécifiquement formelles (notions de répétition/ variation, de série/ séquence/ fragment, de rhapsodie, d'oeuvre ouverte, de forme hybride), et rythmiques (notion de "métaboles" métriques, de "rubato" en poésie, de scansion/ mesure, etc.). En découle plus globalement un important travail théorique portant sur des problèmes méthodologiques et définitionnels (statut des métaphores, souvent spatiales, traditionnellement utilisées dans le discours analytique, tant en musicologie qu’en littérature, outils et modalités de présentation des travaux comparatistes en poésie/ musique ).
Que nous dit en outre ce “mode” d’écriture rhapsodique (si la rhapsodie est un patchwork) du statut du lyrisme dans ces oeuvres, notion problématique s’il en est au XXe siècle, siècle volontiers considéré comme a-lyrique? Comment comprendre cette forme de lyrisme qui aurait besoin du morcelé, du discontinu pour se dire? De l'"orgie lyrique" albenizienne, pour reprendre l'expression de Jankélévitch à propos d'Iberia, prodigue jusqu'à l'effervescence et la dilapidation des thèmes, au "style au burin" de Guillevic qui dit vouloir "éconduire le lyrisme" et décrit lui-même ses suites de "quanta" comme des "sculptures de silence", la proximité structurelle des œuvres écrites sous forme de "suites" ne doit pas gommer leur hétérogénéité. La question du lyrisme - et la polémique actuelle qui entoure cette notion n'est pas anodine - permet de la repenser avec plus d'acuité.