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* Palais Universitaire (5 et 6 novembre)
A cela, que répond le peintre? «-Bien entendu, il y a un lien entre peinture et littérature car il y a le moteur commun à toute forme d'expression: l'émotion. Et l'on peut vibrer devant une toile, de la même manière que l'on vibre en entendant un poème ou en lisant des pages émouvantes. Mais je ne crois pas que la peinture doit être littéraire. La peinture a ses règles propres, la peinture a son éthique personnelle. Pourtant, de l'une à l'autre, voilà qu'on atteint l'inexplicable, l'impalpable. Comment se fait-il que l'on arrive à communiquer cette intense émotion au spectateur? »[1]. A cela encore, que répond l'écrivain? Les peintres, selon la belle formule de René Char, sont les «alliés substantiels» du poète et ils ont nom ici Braque, Balthus, Klee, Miro, Picasso, Nicolas de Staël ou Max Ernst [2]. Et, peut-on ajouter, «cette philosophie qui est à faire, c'est elle qui anime le peintre, non pas quand il exprime des opinions sur le monde, mais à l'instant où sa vision se fait geste, quand, dira Cézanne, il 'pense en peinture' » [3]. Voilà la scène herméneutique. Scène double, éminemment comparatiste donc, sur le devant de laquelle ce colloque voudrait lever le rideau, en ce lendemain immédiat de XXe siècle. Au-delà des techniques d'expression et des effets de sens spécifiques à chacun des deux arts, quelle voix se fait entendre de la littérature à la peinture, quelle image peu à peu se dessine de la peinture à la littérature? La question est d'actualité car, à nous qui avons vécu ce XXe siècle qui vient de s'achever, elle est précisément l'une des questions essentielles qui restera attachée à ce siècle. Car alors que, des Salons de Diderot à ceux de Baudelaire et de Zola, la peinture n'était encore pour l'écrivain qu'un (bel) objet littéraire, avec le surgissement du XXe siècle c'est la possibilité même de l'Art comme source pérenne de signification, d'énergie et d'émotion, qu'il s'est agi d'interroger. Pourquoi donc a-t-il fallu, tout au long de ce siècle, que l'univers des formes soit soumis à semblable question? C'est ce que tenteront d'expliquer, lors de ce colloque, les comparatistes, historiens de l'art et philosophes spécialistes de ce champ de recherches. Souhaitons-leur, au fil de leurs explorations critiques, qu'un véritable lien trouve à se nouer, un dialogue arrive à s'instaurer, d'Aragon à Matisse, de Bonnefoy à Giacometti, de Beckett à Bacon, d'Apollinaire à Delaunay, de Breton à Dali, de Cendrars à Chagall, de Savinio à Chirico ou de Rilke à Bonnard. Le temps est venu pour la réflexion d'ensemble et la synthèse: pour l'édification enfin, suivant la métaphore de Malraux, de notre «musée imaginaire» à tous. Pascal
Dethurens ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ [1] Entretien de
Pierre Vallier avec Cathelin, in Cathelin,Paris, Editions La
Cote de l'amateur, 1997. |