Figures de l’émigré
russe en France au XIXe – XXe :
fiction et réalité
Colloque international, 30 septembre - 2 octobre 2009,
Université Marc Bloch, Strasbourg
La France, pays d’accueil de nombreux écrivains
exilés, joue un rôle tout particulier dans la culture russe
depuis le milieu du XIXe s. Phénomène exceptionnel au
début (on peut citer Tourgueniev lu par Mérimée,
Flaubert ou Zola), les rencontres entre écrivains russes et français
deviennent courantes avec l’arrivée, à la suite
de la révolution d’octobre, de toute une élite intellectuelle
de « Russes blancs », internationalement reconnu, notamment
dans le domaine littéraire avec des noms comme Bounine (Prix
Nobel en 1933) ou Nabokov, passeur entre les cultures. Une nouvelle
vague d’écrivains russes émigrés «
malgré eux » arrive en France après la seconde guerre
mondiale (N. V. Narokov, L.D. Rjevskij, V. Yurassov), suivie de la vague
des dissidents des années 70 (A.D. Siniavski, V. Nekrassov, A.A.
Galitch, V. Delaunay). Emigrés pour des motifs politiques et
idéologiques spécifiques à chaque fois, ils se
représentent souvent dans leurs fictions en train de découvrir
un monde nouveau.
La figure de l’émigré surgit également dans
la littérature du pays d’origine. Souvent parodique (Karmazinov
dans les Démons de Dostoïevski est une parodie
féroce de l’auteur d’Assez ! et de Fantômes),
elle peut aussi être sympathique (La fuite de Boulgakov).
Parfois le point de vue peut se renverser, comme dans le cas d’Alexis
Tolstoï : revenu en Union Soviétique, il réécrit
ses Emigrés en changeant radicalement le regard porté
sur eux.
Enfin la figure de l’émigré russe nourrit à
son tour la fiction du pays d’accueil, et ceci dès la première
moitié du XIXe siècle. Korasoff, le prince russe ridicule
que Julien Sorel rencontre à Londres, puis à Strasbourg,
dans Le Rouge et le Noir de Stendhal (1830), sera suivi de
Fédora, la femme fatale russe de La peau de chagrin
de Balzac (1831); puis, des réfugiés politiques et des
« nihilistes » de la seconde moitié du siècle
(Souvarine dans Germinal de Zola. Le XXe siècle connaîtra
les « Russes blanches » de Paul Morand ou de Patrick Modiano
et les Justes de Camus seront largement inspirés des
souvenirs des émigrés russes.
Ce triple regard au carrefour de deux cultures ouvre une perspective
multiple sur la figure de l’exilé, problématique
en soi et qui se situe « entre les mondes et les époques,
entre les pays, entre les vivants et les morts – entre les identités
diverses » (Jean-Pierre Morel). Dans cette indétermination,
c’est le rapport au pays d’origine et au pays d’accueil
qui semble cristalliser l’image de chaque « vague »
d’émigration : chacune est définie et se définit
par sa façon de répondre à ces questions. La perspective
diachronique permet de suivre le phénomène de l’écriture
de l’exil dans son devenir et d’aborder divers thèmes,
propres à la littérature de l’émigration
(des existences parallèles, du double destin, de la tentative
de s’appliquer la biographie d’un autre…).
Les spécialistes
de divers domaines (comparatistes, slavisants, francisants…) sont
invités à contribuer à cette réflexion qui
fera l’objet d’une publication en français et en
russe.
Titres et résumés de communications sont à envoyer
avant le 1 septembre 2008.
La langue de communication est le français.
Programme complet
du colloque : Programme_final.pdf
Contact
:
tatiana.victoroff@laposte.net
ckrauss@umb.u-strasbg.fr
Comité scientifique
:
Nikita Struve, professeur émérite (Université Nanterre
- X),
Pascal Dethurens, professeur en Littérature Comparée (Université
Marc Bloch),
Sonia Philonenko, professeur en Littérature Russe (Université
Marc Bloch),
Tatiana Victoroff, maître de conférence en Littérature
Comparée (Université Marc Bloch),
Charlotte Krauss, enseignante au Département d’Etudes Allemandes
(Université Marc Bloch)
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